Il y a une vérité que personne ne vous dit lors de votre prise de poste. Pas dans les textes de nomination. Pas dans les discours d’installation. Pas même dans les formations initiales. C’est une vérité que vous découvrez seul, souvent la nuit, souvent après un incident difficile, parfois après plusieurs années à tenir.
Être chef, c’est être seul. Pas seul au sens de l’isolement social — vous avez une équipe, une hiérarchie, des collègues. Seul au sens existentiel : certaines décisions ne peuvent être prises que par vous.
Cette solitude-là est constitutive de la fonction. Elle ne disparaît pas avec l’expérience. Elle se gère.
I. Une solitude qui ne dit pas son nom
Dans ma carrière à l’Administration pénitentiaire, j’ai traversé cette solitude de nombreuses fois. Chef de détention, directeur adjoint, directeur d’établissement — à chaque niveau, la solitude prend une forme différente, mais elle est toujours là.
Ce n’est pas la solitude du chef impopulaire. C’est quelque chose de plus subtil et de plus profond : la solitude de celui qui doit tenir quand les autres peuvent vaciller. La solitude de celui dont le rôle est précisément de ne pas montrer ce qu’il ressent. Ce coût, personne ne vous apprend à le gérer.
II. Les trois formes de la solitude du chef
1. La solitude de la décision
Certaines décisions ne peuvent pas être déléguées, ni partagées, ni soumises au vote. Le règlement vous donne le cadre — la décision, c’est vous. Et vous seul en portez la responsabilité.
2. La solitude de la régulation émotionnelle
Le chef absorbe. C’est son rôle. Il absorbe la pression d’en haut et la pression d’en bas. Il est le premier pare-choc. Ce qu’on absorbe doit aller quelque part — et si rien n’est prévu pour ça, c’est le corps ou le comportement qui finissent par parler.
3. La solitude de l’incompréhension mutuelle
Vos agents ne comprennent pas toujours vos décisions. Votre hiérarchie ne comprend pas toujours ce que vit votre équipe. Vous êtes le seul à voir les deux côtés. Cette position d’entre-deux est l’une des formes de solitude les plus usantes.
III. Ce qui use et ce qui tient
Ceux qui tiennent dans la durée partagent trois ressources : un système de valeurs clair, un espace de parole hors hiérarchie, et une capacité à se régénérer délibérément. Ce n’est pas du luxe — c’est de la maintenance.
IV. Ce que la formation peut faire
Dans le module M08 de la formation PEPSON®, nous travaillons sur la résilience du manager. Non pas pour supprimer la solitude — ce serait une promesse mensongère — mais pour outiller le cadre à la traverser sans s’y perdre.
Conclusion
« La solitude du chef n’est pas un signe d’échec. C’est le signe que vous prenez votre responsabilité au sérieux. »
Tenir seul use. Tenir avec des ressources — même discrètes, même rares — c’est possible dans la durée.
Pierre PÉPÉ
Commandant retraité AP | Fondateur PEPSON® Management et Conseil
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